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Samedi 26 juin 2010 ( prochaine action le 3 juillet place de la monnaie)
Les étoiles et les planètes sont avec nous, en ce jour il y a un allignement peu fréquent bien que régulier de la Lune par rapport à la Terre, une éclipse de lune visible uniquement dans un des hémisphères, la lune sera placée dans l'ombre exacte de la terre. Avec Sybille De Rycke on passera notre journée à dessiner des ombres sur le sol.
Cette action comportait deux parties, on a d'abord peint deux rectangles blancs sur deux murs opposés qui soutiennent un pont et forment un tunnel, entre l'entrée principale de la gare du Nord et le quartier Brabant.
Je donne ici la recette de cette intervention open source, car à part l'idée de sa mise en place et le dispositif y afférant, ce projet peut être réalisé par tous, pas besoin d'un grand savoir technique-artistique. Just Like Children est en partie aussi réalisée par les passants participant anonymement, ils prêtent et apposent leur contour corporel, ils impriment leur forme à cette oeuvre collective qui n'est le fruit d'aucun collectif. Cette oeuvre leur appartient.
Laissez votre trace sur les murs de la ville
En voyant apparaître Just Like Children sur les murs, je goûtais au métier de peintre en bâtiment, technicien de surface je pensais aux grottes de lascaux et aux mots de Walter Benjamin sur l'architecture.
"Les masses considérablement accrues des participants ont produit une nouvelle forme de participation.
Depuis toujours l'architecture a offert le prototype d'une oeuvre d'art dont la réception s'opère distraitement et collectivement. L'architecture accompagne l'humanité depuis la préhistoire.
Il y a deux sortes de réception des architectures: par l'usage et par la perception, une réception optique et une réception tactile. La réception tactile s'opère moins par les voies de l'intention que par celle de l'habitude. Dans le cas de l'architecture, l'habitude détermine largement même la réception optique. Cette dernière passe elle aussi beaucoup moins par l'effort d'attention que parce qu'on remarque en passant.
Dans les périodes de mutation historique, les tâches imparties à l'appareil perceptif sont peu à peu maîtrisées par le canal de la réception tactile, c-à-d, l'habitude.
La réception distraite, qui caractérise de plus en plus profondément tous les domaines de l'art et qui est le symptôme des transformations qui affectent profondément notre perception...
Walter Benjamin dans " l'oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique" 1936
Just Like Children et N'ombre sont là pour sortir l'art de sa conception égotiste, trop basée et centrée sur la subjectivité d'un artiste ou d'un créateur. Je n'ai rien contre la subjectivité mais l'occident a comme principal défaut de gonfler le sujet jusqu'à des proportions proprement cancéreuses. Je ne veux pas non plus voir la mort du procéssus de subjectivation qu'est la pratique artistique et je ne souhaite pas que tout doive procéder d'un dépassement de l'égo, mais c'est une piste intéressante.
Quant à la seconde partie de ces ations; N'ombre, là non plus, rien de bien savant à dessiner des ombres. Tout le monde peut le faire. Içi, le dispositif est plus complexe. Après avoir convaincu le quidam à s'arrêter "excusez-moi, madame-monsieur, je voudrais dessiner votre ombre", c'est affaire d'établir un rapport intime avec des inconnus. Histoire d'ancrer ce moment dans autre chose que de la simple courtoisie -le temps de dessiner une ombre n'étant pas très long- j'ai eu recours au chant en invitant la chanteuse Yan Busang, dont le répertoire va du baroque à l'improvisation libre.
Le rapport entre la ligne dessinée et la ligne mélodique, entre l'ombre et le nom -les deux nous précèdent et nous suivent- la forme de l'ombre et le son du nom.
Notre ombre est toujours une projection déformée de nous-même, tout comme notre nom dans la bouche d'un autre, d'autant plus s'il est chanté.
Yan Busang par son chant, enracinait N'ombre dans une forme de rituel urbain. Elle improvisait en jouant avec les lettres du nom de ceux qui se prêtaient au jeu.
Nom anonyme clamé publiquement mais perçu intimement.
Jointure de l'intime et du public, de l'anonyme et du particulier.
S. De Rycke tracant l'ombre d'une famille, Y.Busang chantant leurs noms.
Pour terminer, on reçu la visite des membres du collectif Anonymes qui nous invitèrent à présenter une nouvelle version pour la présentation publique du film éponyme, ce samedi 3 juillet 2010, place de la monnaie.
Le collectif anonymes, dont on apprécie fort la démarche.
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